CP PRESENTE LES NOMINES POUR L’EDITION 2017/2018 DU « PENINSULA CLASSICS BEST OF THE BEST AWARD »

 

Ravi d’être ici ce soir pour le troisième Peninsula Classics Best of the Best Award, le premier à Paris ! Paris est symbolique car c’est ici, à Rétromobile, qu’il y a quatre ans, j’ai évoqué pour la première fois l’idée de ce prix avec Sir Michael Kadoorie, notre ami Michael. Je suis si heureux de l’avoir fait !

Pour rappel, le Peninsula Classics Best of the Best Award est décerné à une voiture ayant remporté le Best of Show dans l’un des plus importants concours au monde. Les candidats pour le prix de ce soir sont les gagnants d’événements qui ont tous eu lieu en 2017 et nous en avons huit ! Sur les huit prétendants, six sont d’origine italienne, un est français et le dernier est un hybride germano-anglais inattendu.

 

 

Je parle ici d’une Mercedes-Benz S de 1929 conçue par Ferdinand Porsche et carrossée par Barker, commandée par Francis Curzon, le 5ème Earl Howe. En plus d’être un noble britannique, Earl Howe était un officier de marine qui combattit pendant la Première Guerre Mondiale et aussi pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il fut membre du Parlement et membre fondateur du British Racing Drivers Club dont il assuma la première présidence. Il devait y avoir de bonnes raisons pour que ce citoyen distingué achetât une voiture Allemande…. En effet, il avait commencé à courir – à l’âge de 44 ans – et avait rejoint les Bentley Boys mais, après le retrait de la marque au  » B  » ailé de la compétition, il ne trouva pas de voiture anglais satisfaisant ses ambitions. Il fut donc contraint d’acheter à l’étranger. Cependant, étant un patriote, il confia à Barker, plus connu pour son travail sur les Rolls-Royces, la réalisation d’un roadster léger fini en aluminium poli et bleu, les couleurs de course d’Earl Howe. La voiture, aujourd’hui chez Bruce McCaw, gagna le Best of Show au Concours d’Elegance de Pebble Beach.

Evoquant Pebble Beach, ayons une pensée pour Jules Heumann, son Président Emeritus qui nous a quittés en décembre dernier. Il fut un mentor pour beaucoup d’entre nous dans cette salle, y compris pour Sandra Button qui fait un travail fantastique en s’appuyant sur son héritage.

Notre deuxième candidate est une Lancia. Lancia donnait à ses modèles des appellations reprenant les lettres de l’alphabet grec, telles Lambda ou Theta. Cela, jusqu’à ce que les Fascistes gagnent en l’influence et imposent des références italiennes. Lancia s’inclina et baptisa ce modèle de 1933 du nom d’Astura. Les Fascistes aimaient les voitures, Mussolini aimait les voitures, et ses fils aussi. Vittorio, le numéro deux, voulait courir. Impressionné par la conception avancée des Lancia et le travail du carrossier Castagna, il ordonna à ce dernier de monter sur un châssis Astura une carrosserie aérodynamique destinée à une Alfa Romeo. Une tâche pas facile, mais qui allait refuser une demande de Mussolini ? La voiture, achevée en 1935 participa à quelques épreuves sans résultat significatif et Vittorio Mussolini, qui était également pilote d’aviation, fut ensuite envoyé avec son escadron sur le front éthiopien. Ton et Maya Meijer sont les heureux propriétaires de la voiture qui remporta le Best of Show au Concours of Elegance UK tenu au Palais Royal de Hampton Court.

Il existe des similitudes entre l’Astura Coupé Aerodinamico et la Bugatti Atlantic de 1936. Le Zeitgeist, l’esprit du temps, peut-être ? Le nom Atlantic avait été choisi en mémoire de Jean Mermoz, le célèbre aviateur français disparu au-dessus de l’Océan Atlantique peu auparavant. Les lignes de la voiture avaient été dessinées par Jean Bugatti, alors âgé d’une vingtaine d’années et malheureusement tué dans un accident de la route quelques années plus tard. Jean était le fils d’Ettore,  » Le Patron « , fondateur de la marque. Il était ingénieur de formation et un styliste doué. La particularité de l’Atlantic est cette arête dorsale courant de l’avant à l’arrière. La raison en est que le prototype avait été construit en Elektron, un matériau léger et rigide mais hautement inflammable, trop dangereux à souder. Ainsi, les panneaux de carrosserie avaient été rivetés plutôt que soudés. Les trois voitures qui ont suivi ont été réalisées en aluminium, mais les rivets sont restés et ajoutent certainement à l’aspect unique de la voiture. Propriété conjointe de Merle et Peter Mullin et de Melani et Rob Walton, l’Atlantic se vit décerner le Best of Show au concours Chantilly Art et Elegance. Avec le propriétaire précédent, elle avait déjà remporté le Best of Show à Pebble Beach.

Si vous viviez dans les années 1930, que vous aviez des moyens et aimiez les voitures, vous auriez probablement mis une Bugatti ou une Alfa Romeo sur votre liste d’achat. Les deux marques dominaient les épreuves sportives à l’époque et les versions routières étaient des voitures de course apprivoisées. Chez Alfa Romeo, le modèle le plus performant était la 8C 2900. Deux grands hommes avaient contribué à sa conception : Vittorio Jano, l’ingénieur, et Carlo Bianchi Anderloni de la Carrozzeria Touring, le carrossier. Ce spyder de 1939 incarne leur coopération et a tout pour plaire ! Propriété de Dano Davis, il enleva le Concours de Sport au Concours d’Elégance d’Amelia Island.

Enzo Ferrari et sa Scuderia avaient fait courir des Alfa Romeo jusqu’au début de la Seconde Guerre Mondiale. Il lança ensuite sa propre marque en 1947. À une époque où les Italiens avaient à peine de quoi se nourrir, Ferrari produisit des moteurs 12 cylindres sophistiqués, retourna à la compétition et trouva même quelques clients. L’un des premiers fut Jorge da Cunha de Almeida Araujo, l’ambassadeur du Portugal en France, qui acheta ce cabriolet 212 Export en 1951. La carrosserie fut réalisée par Vignale d’après un croquis du pigiste Giovanni Michelotti. La voiture, qui appartient maintenant à Peter Kalikow, décrocha la Gran Turismo Cup à Cavallino Classic.

Au début, les Ferrari étaient habillées par divers carrossiers. Vignale était l’un d’entre eux comme nous venons de le voir, mais il y avait aussi Allemano, Ghia, Motto, Touring… Pourtant, comme il l’écrit dans ses mémoires, Enzo Ferrari cherchait à établir une collaboration plus stable avec  » un couturier  » tandis que Battista  » Pinin  » Farina, comme il l’a aussi confirmé dans ses propres mémoires, cherchait une bella macchina à revêtir. Les deux hommes avaient un caractère plutôt fier et aucun ne voulait rendre visite à l’autre. Finalement, une réunion eut lieu en 1952 à Tortona, à mi-distance entre Modène, le domicile de Ferrari, et Turin, le siège de Pinin Farina. Un accord fut conclu et certains des plus beaux dessins jamais produits ont suivi, dont ce cabriolet 250 GT de 1958 est une parfaite illustration. Fabriqué en même temps que le spyder California de Scaglietti, et affichant des spécifications mécaniques similaires, son prix, plus cher à l’époque, est sur le marché actuel d’environ la moitié de ce qu’une California rapporte. Quelle différence un nom peut faire ! Comme le dit Warren Buffett, le prix est ce que vous payez, la valeur est ce que vous obtenez. A mes yeux, ce cabriolet 250 GT représente une excellente valeur ! Best of Show du concours Cartier Style & Luxe dans le cadre du Goodwood Festival of Speed, la voiture fait partie d’une collection privée.

La 250 GT dans ses différentes itérations est le modèle qui établit la légende Ferrari. Dire que la route pour y arriver fut un long fleuve tranquille serait ce qui, dans le langage d’aujourd’hui, sont de fausses informations. Une révolte de palais eut lieu à la fin de 1961, lorsque huit personnes clés démissionnèrent de Ferrari ou furent congédiées par le Commendatore – qui, soit dit en passant, préférait être appelé  » Ingegner « . Elles se plaignaient toutes de l’ingérence de Madame Ferrari dans les affaires. Les dissidents lancèrent ATS, Automobili Turismo e Sport, avec le soutien de quelques commanditaires. Ils formèrent une équipe de Formule 1 mais terminèrent rarement une course. Ils introduisirent également la première voiture GT italienne à moteur central. Le coupé, construit par Allemano sur un projet de Franco Scaglione, fut exposé pour la première fois au Salon de l’Auto à Genève en 1963. Le projet était prometteur et fut bien accueilli, mais l’effort fut de courte durée. Une rare survivante est cette version haute performance GTS de 1964 appartenant à Bruce Milner qui a gagné le Best of Show à The Quail, a Motorsports Gathering.

Retour rapide en arrière. Franco Scaglione était un orphelin d’origine aristocratique lié à la famille de Martirano San Nicola e Mottafilocastro. Avant d’ouvrir son propre studio et de dessiner la forme avancée de l’ATS, il avait passé plusieurs années chez Bertone où il s’était forgé une réputation pour ses études aérodynamiques, principalement sur des Alfa Romeo. Beaucoup d’entre vous se souviendront des BAT,  » Berlina Aerodynamica Tecnica « . Son dernière travail chez Bertone fut l’Alfa Romeo Giulietta Sprint Speciale. Celle-ci est le prototype de 1957, châssis n. 00001 ! La petite production qui a suivi est restée fidèle au concept original, un compliment pour ses qualités. Notre nominé fait partie de la collection Lopresto et remporta le Concorso d’Eleganza Villa d’Este.

Ce sont donc huit magnifiques voitures qui concourent pour le Peninsula Classics Best of the Best Award ce soir. Il n’y aurait pas de Best of Show s’il n’y avait pas de concours. Merci aux organisateurs : Sa Grâce Le Duc de Richmond et Gordon pour Goodwood, John et Alicia Barnes pour Cavallino Classic, Bill Warner pour Amelia Island – et, Bill, si vous pouvez nous entendre, nous formons les meilleurs vœux pour un prompt rétablissement après votre récente opération -, merci à BMW Group pour Villa d’Este, à Sandra Button pour Pebble Beach, à Jeremy Jackson Sytner pour Hampton Court, à Patrick et Silviane Peter pour Chantilly et, last but not least, à l’équipe de The Quail Lodge. Joignez-vous à moi pour féliciter chaleureusement tous les propriétaires et organisateurs ! Merci.

 

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