CP SE DEMANDE SI, EN CE QUI CONCERNE LES VOITURES CLASSIQUES, NOUS NE PRENONS PAS LA TOILE POUR LA PEINTURE ?

 

Lorsque Lorenzo Ramaciotti parle, je l’écoute toujours, car c’est un homme dont la pensée est structurée et pour qui les mots ont un sens. Lorenzo Ramaciotti est directeur général de Pininfarina Ricerca e Sviluppo, la branche recherche et développement de Pininfarina responsable, entre autres, du design de nouvelles voitures. Sa culture automobile est large et il est ainsi un juge régulier dans de nombreux concours tels que le Louis Vuitton Classic et le Concorso d’Eleganza Villa d’Este. Son livre ‘Solitaires’, qui rend hommage à des pièces exceptionnelles qui communiquent une émotion esthétique ou technique particulière, est l’un de mes préférés.

L’autre jour, lors d’une réunion estivale informelle, il m’a demandé quel était l’élément qui donnait son authenticité à une automobile de collection. Comme on pouvait s’y attendre, j’ai répondu que, de l’aveu général, c’était le châssis. Bien sûr, l’objet le plus désirable aura toujours tous ses composants d’origine, y compris sa carrosserie et son moteur ‘matching numbers’. Mais on dira d’une voiture avec une nouvelle carrosserie et un moteur aux spécifications correctes qu’elle sera « restaurée », tandis qu’une carrosserie d’origine montée sur un nouveau châssis sera plutôt considérée comme une « reconstruction » et aura une valeur marchande bien inférieure.

Lorenzo Ramaciotti s’interroge sur les mérites d’une telle approche, évoquant un « paradoxe des carrossiers ». Il est parfaitement conscient qu’une automobile a d’abord besoin d’un châssis et d’un moteur pour être « auto-mobile ». Il poursuivit cependant en arguant que les deux étaient des pièces techniques construites sur la base de dessins avec des dimensions et des chiffres précis qu’il suffisait de respecter. C’est différent pour une carrosserie qui, en de nombreuses occasions, rendait une voiture oh ! si désirable et était l’interprétation tridimensionnelle par un artisan de quelques croquis, pas toujours très détaillés. Reproduire une carrosserie cinquante ou quatre-vingts ans plus tard aboutit en général à une représentation grossière de l’origine. Et il conclut que, pour lui, très souvent, la partie la plus importante d’une automobile était sa carrosserie en raison de l’impossibilité de reproduire son caractère unique.

Pour illustrer sa démonstration, Lorenzo Ramaciotti choisit une Solitaire, la magnifique petite berlinette Maserati A6 GCS de Pinin Farina, et en compare deux exemples connus : l’une, une voiture authentique (châssis) avec une nouvelle carrosserie, et l’autre, une nouvelle voiture avec une carrosserie authentique. Après avoir détaillé certaines erreurs sur la première, il affirme que l’exemplaire le plus signifiant est la seconde. Cela pourrait bien révolutionner certaines idées établies et changer les valeurs. Se pourrait-il qu’en effet, on accorde plus d’attention à la toile qu’à la peinture ?

Juin 2003

 

 

P.S. Je ne peux résister au plaisir de partager avec vous un merveilleux dessin de Russell Brockbank (voir ci-dessous).

 

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