CP DIT « ARRETEZ DE VOUS PRENDRE AU SERIEUX » AUX COMPETITEURS DE COURSES HISTORIQUES

 

Les courses historiques connaissent un succès grandissant. Plusieurs événements de classe mondiale, comme Monaco, Le Mans et bien d’autres, organisent des rétrospectives spectaculaires. En Angleterre, le Duc de Richmond, Gordon, Lennox et Aubigny (mieux connu sous le nom de Charles March) est allé jusqu’à  » restaurer  » sa piste de Goodwood dans l’état dans lequel elle était lorsqu’elle fut fermée en 1966. Au contraire de beaucoup qui s’émerveillent, je m’inquiète de la tournure que prennent les choses.

Je m’inquiète pour deux raisons.

D’abord, les voitures étaient dangereuses et le sont restées. Conduites aujourd’hui par les mêmes pilotes qui les pilotaient, plus âgés et, probablement, moins aiguisés, ou par d’autres, pas toujours talentueux, le risque n’a fait qu’augmenter.

Ce qui m’amène au deuxième point. J’observe que les Bugatti ont maintenant des différentiels à glissement limité, que les moteurs Ferrari 250 tournent à plus de 10 000 tr/min alors qu’à l’époque, 7 800 était dans le rouge, et j’entends que la Maserati 450S est équipée d’un vilebrequin complètement redessiné. On me dit même que certains participants qui possèdent une vraie voiture en ont commandé une réplique neuve et performante à des fins de course historique. Historique, vous avez dit ?

Je ne veux pas être l’oiseau de mauvais augure et j’espère que nous pourrons éviter une catastrophe. Le nœud du problème, je crois, réside dans l’esprit agonistique qui préside ces réunions. Trop de pilotes veulent marquer des points. Certains se flattent d’être plus rapides que nos héros d’antan et prétendent, sérieusement, qu’ils continuent à écrire les pages commencées par Nuvolari ou Fangio. Est-ce que je rêve ? N’y a-t-il pas assez de formules modernes ouvertes à ceux qui souhaitent démontrer leurs capacités au volant ? Les voitures historiques font partie de notre patrimoine. Non seulement nous ne devons pas déformer l’histoire, mais nous devons aussi nous assurer de transmettre notre patrimoine aux générations futures.

Ne vous méprenez pas : je ne suggère pas que les voitures historiques restent dans les garages, ni que Monaco, Le Mans ou Goodwood abandonnent leurs spectacles. Une automobile est belle quand elle roule et quand elle chante. La route et la piste sont le vrai musée de l’automobile. C’est la compétition que je crains, car elle induit le danger et la tentation d’inclure la technologie moderne. Mes amis, le monde ne se soucie pas de vos résultats. Arrêtez de vous prendre au sérieux !

 

Avril 2003 (mis à jour en juin 2018)

 

P.S. Il est intéressant de noter que, dans le Grand Prix de Monaco Historique 2004, la partie la plus appréciée du public a été le défilé de 22 Ferrari de Formule 1 de tous âges. La musique, les parfums, les couleurs… mais pas d’enjeu.

 

Dessin de Russell Brockbank

 

 

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